
Homélie du Père Emmanuel-Marie :
Notre vie sur la terre est à l’image du lac de Tibériade, calme et paisible à certains moments et à d’autres, traversée de vents plus ou moins violents qui génèrent toutes sortes d’inquiétudes, d’angoisses, jusqu’à menacer l’intégrité des personnes, comme ces calamités qui défilent devant le prophète Elie : Ouragan, tremblement de terre, incendies…
Mais ce passage du 1ᵉʳ Livre des Rois nous dit une vérité essentielle : Dieu n’est pas dans ces calamités, au sens où il n’en est pas l’auteur, même s’il est vrai qu’il les permet. Le catéchisme de l’Église catholique nous le dit : « Dieu ne peut provoquer le mal, ni directement, ni indirectement ». L’origine de ces désordres, c’est le péché, la corruption qui règne dans le cœur de l’homme et qui dans l’absolu, est le refus de Dieu, un refus délibéré et émis en pleine conscience : c’est le péché des anges devenus démons. La tradition nous dit qu’un tiers des anges a fait le choix de refuser l’amour de Dieu, et son dessein de salut par l’Incarnation du Fils de Dieu. Ils ont décidé de faire la guerre à Dieu et à l’homme, qui est la prunelle de son œil. Mais c’était perdu d’avance pour Satan et ses acolytes, car Jésus marche sur la mer. Dans la Bible, la mer symbolise l’univers de Satan. Jésus marche dessus, sans s’y enfoncer, c’est-à-dire que Satan n’a pas de prise sur lui, et nous qui sommes faibles et vulnérables, nous ne pouvons marcher sur la mer qu’en criant vers lui jour et nuit comme un petit enfant et en gardant notre main dans la Sienne, comme on le voit avec Pierre.
Dieu est patient et miséricordieux avec l’homme, car sa conscience est obscurcie et sa volonté affaiblie, ce qui fait qu’il pactise facilement avec le mal, le mensonge, l’orgueil, l’égoïsme, l’impureté, le refus de pardonner, le refus d’aimer, et ce faisant, il ouvre la porte au diable qui le rend esclave. Comme l’homme est le représentant de Dieu sur la terre, sa désobéissance et sa connivence avec le mal a une incidence jusque dans le fonctionnement du cosmos qui, au lieu de servir l’homme, sert le diable qui veut la mort de l’homme.
Quand sévissent des catastrophes naturelles, Dieu n’y est pour rien, mais l’homme y est pour quelque chose et il doit s’interroger… Je dois m’interroger : est-ce qu’à ma petite mesure, je fais ce que Dieu me demande, pour que son Esprit d’amour vive en moi, et qu’il agisse à travers moi sur les autres et sur le cosmos ? St-Paul est triste, en pensant à son peuple qui ne veut pas entendre la voix du Christ et il est prêt à mourir pour lui. Et nous, chrétiens, pratiquants du dimanche, qui ne représentons plus qu’une minorité, même parmi les baptisés, sommes-nous tristes de cette indifférence envers le plus grand Cadeau que Dieu nous fait : sa Sainte Eucharistie ? La conséquence de cette indifférence en est tous ces drames que nous connaissons. Sommes-nous prêts comme st Paul à donner notre vie pour que le monde croie et se convertisse ? Donner sa vie comme st Paul, cela veut dire prier, prier sans cesse, c.-à-d. associer le Seigneur à tout ce que nous faisons, donner sa vie, cela veut dire faire pénitence c.-à-d. renoncer à toute forme de haine, de mépris, de colère, de rancune, d’amertume. Donner sa vie cela veut dire s’unir à Jésus, et mendier sa miséricorde pour nous et pour le monde.
Depuis que Jésus est monté au ciel, c’est par l’Église qu’il nous tend la main. Il nous tend la main en nous invitant à entrer dans sa famille par le baptême, il nous tend la main en nous nourrissant à chaque Eucharistie, de sa Parole et de son Pain de vie, Il nous tend la main en nous purifiant dans le sacrement du pardon, Il nous tend la main quand nous nous déterminons à le prier, quand nous crions vers lui dans l’épreuve ; et si nous prenons Marie chez nous, comme notre Mère, Il ne peut rien nous refuser : l’ouragan qui a traversé un instant notre cœur disparaît pour laisser place à la brise légère c.-à-d. à la consolation divine. Entretenons une véritable amitié avec le Seigneur, et nous le glorifierons en travaillant à Sa Vigne, c’est-à-dire au salut d’une multitude. Amen.