
Homélie du Père Emmanuel-Marie :
Les textes de ce dimanche sont un appel à bannir la peur de nos cœurs. « Ne craignez pas les hommes »… la peur ne vient pas de Dieu, mais du tentateur, depuis le péché de nos premiers parents. Nous connaissons ce dialogue après la chute : « Adam, où es-tu ? — J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur et je me suis caché parce que j’étais nu ». Et quand Dieu lui demande des explications, il renvoie la faute à sa femme, et même à Dieu, puisqu’il lui dit : « c’est la femme que tu m’as donnée qui m’a donné du fruit de l’arbre et j’en ai mangé. » Dès lors, l’orgueil et la peur sont entrés dans le cœur de l’homme avec son salaire de mort.
« La mort, dit st Paul, a frappé la multitude, par la faute d’un seul, mais combien plus la grâce de Dieu, par un seul homme Jésus-Christ, s’est-elle répandue à profusion sur la multitude. » Autrement dit, devant le mal, portons notre regard sur le Sauveur venu nous racheter, plutôt que de chercher des bouc-émissaires. Jésus vient rétablir en nos cœurs la confiance filiale rompue par le péché. Cette confiance est fondamentale, pour retrouver en même temps la confiance dans les autres, et la confiance en soi-même. La confiance en Dieu apporte la sérénité du cœur, qui favorise la justice entre les hommes.
Devant la trahison de l’homme, Dieu ne cesse de renouveler ses alliances avec lui ; à travers Noé, à travers Abraham, Moïse, les prophètes et finalement à travers son Fils Unique, qui par sa mort et sa résurrection, scelle avec l’homme, une alliance éternelle. Il lui révèle son Cœur de miséricorde infinie ; une miséricorde qu’il veut répandre sur tous, mais avec l’assentiment de chacun, car l’Amour ne s’impose pas : « veux-tu de mon amour qui t’ouvre le ciel et qui l’ouvre à une multitude, si tu veux bien travailler pour Moi ? On travaille à la Vigne de Dieu, quand on coopère avec Lui au salut des âmes, en vivant dans la justice par sa grâce, et en remettant sa cause à Dieu, comme le fait le prophète Jérémie qui incarne cette confiance en Dieu, confiance en sa protection divine contre ses ennemis.
L’antidote de la peur qui vient du démon, c’est la sainte crainte de Dieu, qui est un don de l’Esprit. La Sainte Crainte de Dieu me fait reconnaître que « rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, que rien n’est caché qui ne sera connu ». Dieu voit tout, et personne n’échappe à son jugement, si nos agissements répréhensibles, ne sont pas mis à la lumière. C’est la Sainte crainte de Dieu qui me fait venir à la lumière, en reconnaissant ma faute, et en m’en remettant à sa miséricorde : « Seigneur, j’ai péché contre toi, pardon, relève-moi et guéris-moi, j’ai confiance en toi ». C’est la grâce du sacrement de réconciliation qui accomplit le plus grand miracle qui est de ressusciter une âme. Ressusciter un corps, c’est merveilleux, mais ressusciter une âme, c’est infiniment plus grand, puisque cela engage l’éternité.
Plus la crainte de Dieu disparaît, plus la peur des hommes augmente. C’est facile à comprendre : Quand nous oublions Dieu, nous mettons notre confiance dans les choses périssables qui déchaînent la convoitise avec la peur de manquer et la peur de perdre. Les peurs sont exacerbées quand je ne crains pas Dieu. Mais quand je lui remets ma cause, convaincu de son Amour, qui va jusqu’à tirer un bien du mal, nos peurs instinctives s’atténuent au profit d’une paix qui vient d’en haut. « Nos cheveux ne sont-ils pas tous comptés ? » Le Seigneur veille sur ses enfants qui le craignent, c’est-à-dire qui le connaissent dans son infinie puissance et majesté comme dans son infinie miséricorde et qui mettent leur confiance en Lui. Amen