Fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang de Jésus (A)

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  • Dernière modification de la publication :7 juin 2026

2026 06 07 fete dieu

Homélie du Père Emmanuel-Marie :


Le Saint Sacrement du Corps et du Sang de Jésus que nous fêtons aujourd’hui, n’a pas pour objet un événement de la vie du Christ, mais une vérité de foi à savoir : la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Cette fête répond à un besoin : celui de proclamer solennellement cette vérité qui est tellement remise en cause depuis toujours, même du temps de Jésus : « comment cet homme peut-il nous donner son corps à manger ? Se demandaient certains disciples qui voulaient le quitter… Un autre danger court aujourd’hui : celui de banaliser la communion comme si c’était un simple pain béni.

Nos parents et nos grand-parents ont connu un temps où sous l’influence janséniste, on s’abstenait de communier pour un oui ou pour un non, de peur de ne pas être assez digne de Dieu. Qui peut prétendre être assez digne de Dieu ?…Aujourd’hui on tombe dans l’excès inverse : comme on a perdu le sens du péché, tout le monde communie sans se demander si sa vie est en accord avec Dieu, ou si son cœur est en paix avec Lui et avec ses frères. Et beaucoup de chrétiens communient sans s’être confessé depuis des années…

Le problème c’est que nous ne réalisons pas suffisamment que c’est Dieu que nous recevons, Dieu Vivant, l’Homme-Dieu dans toute sa grandeur et sa majesté, et dans son amour incommensurable qui a versé jusqu’à la dernière goutte de son Sang pour nous sauver. Quand on communie, on ne reçoit pas seulement le Corps de Jésus, on reçoit son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité, c’est à dire tout son Être d’Homme-Dieu qui a souffert le martyre, qui est mort pour moi, qui est ressuscité, qui est vivant et qui attend ma réponse d’amour, c’est-à-dire que je m’efforce d’aimer mes frères et sœurs comme Lui m’a aimé. Et comment m’a-t-il aimé ? En acceptant de souffrir et de mourir pour moi, pauvre pécheur. Acceptons-nous de souffrir et de mourir pour nos frères ? J’aime ce philosophe Gustave Thibon qui dit : « À force de vouloir vivre sans mourir, on finit par mourir sans avoir vécu ».

Certains d’entre vous connaissent peut-être Simone Weil, non pas la politique, mais la philosophe : une âme de feu, d’une très grande intelligence, qui est morte en 1943 à l’âge de 34 ans. D’origine juive, elle avait été saisie par le Christ. Eh bien, elle dit un jour : « si je parviens à l’âge de la vieillesse, je voudrais être gâteuse…pour mieux ressembler à Jésus-Hostie. » Aux antipodes de ce que peut désirer la plupart d’entre nous. Pourquoi disait-elle cela ? Parce qu’une personne âgée qui perd ses facultés, de mémoire et d’intelligence, devient entièrement dépendante des autres, à la merci de son entourage ; elle ne peut ni se défendre, ni rien réclamer. Eh bien Jésus-Hostie s’est livré entièrement entre nos mains, à la merci de notre respect ou de notre désinvolture, de notre adoration ou de notre indifférence. Apprenons de Jésus-Hostie cette infinie douceur et humilité et tâchons de lui ressembler un peu. Amen