
Homélie du Père Emmanuel-Marie :
Le baptême de Jésus, c’est la manifestation du Fils de Dieu en tant que Christ, du grec Kristos qui veut dire «oint», traduction de l’hébreu mashiah, messie. Jésus est le Messie du Seigneur, l’Oint par excellence ; il n’a pas été oint avec de l’huile comme les rois et les grands prêtres d’Israël, Il a été oint par Dieu lui-même, par l’Esprit Saint et par le Père qui lui sont connaturels. Dès le 1ᵉʳ instant de sa conception dans le sein de Marie, Jésus vit en plénitude, par l’Esprit, avec l’Esprit, dans l’Esprit ; par le Père, avec le Père, dans le Père. Ils sont un seul et unique Dieu, tout en étant Trois Personnes unies, égales et distinctes. Un Mystère…
Jésus se fait baptiser par Jean d’un baptême de repentance, non pas pour lui-même, Il est sans péché, mais en tant qu’il nous représente tous. Il est le Nouvel Adam qui doit prendre sur lui les péchés de la multitude et les faire mourir avec Lui : c’est le sens de sa plongée dans les eaux, les eaux qui sont symbole des ténèbres de ce monde, et sa remontée des eaux symbolise sa résurrection, c’est-à-dire sa victoire sur le mal et la mort. Il reçoit alors la bénédiction du Père et de l’Esprit, qui se manifestent pour révéler au monde la messianité du Fils de Dieu, Jésus de Nazareth.
Cet acte du baptême, est l’annonce symbolique du mystère de notre rédemption que Jésus accomplira par sa mort et sa résurrection. Quand Il mourra, il rendra son Esprit au Père, et par sa résurrection, à la Pentecôte, le Père et le Fils répandront ce même Esprit sur tous les hommes de bonne volonté, pour que, réconciliés avec Dieu, ils retrouvent le chemin du Père. La mission du Christ a été de nous réconcilier avec le Père et de nous ouvrir son Ciel. Nous sommes sur la terre pour hériter le Ciel. Et, le Ciel commence, quand nous nous décidons à vivre dans l’Amour, c’est-à-dire à ne plus vivre pour nous-mêmes, mais pour Lui, Jésus, qui est mort et ressuscité pour nous.
Cela commence avec notre baptême qui nous unit au Christ, nous configure à Lui, nous rend capable d’aimer à la manière de Dieu, c’est-à-dire en fondant notre volonté dans la Sienne. Et, le fruit de cela, c’est la joie, la joie du ciel, la joie de Dieu, joie qu’Il prend plaisir à nous communiquer : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie ». Nous faisons la joie du Père et la joie du ciel quand Jésus devient notre vie, quand nous pouvons dire comme st. Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Avec cette promesse, que si nous portons la croix avec Lui, il nous la rendra légère.
Personne n’échappe à la croix, dans un monde comme le nôtre, assujetti au pouvoir des ténèbres. Tant que le péché demeure et se multiplie, les épreuves demeurent aussi inévitables en ce monde ; mais si nous les vivons avec lui, c’est-à-dire dans la prière, en méditant sa vie, sa passion, sa mort et sa résurrection, et en lui demandant la grâce de faire Sa Volonté en toute chose, nous aurons le soutien de Dieu et ses faveurs. Il fera reposer sur nous son Esprit, et nous fera goûter ses miséricordes et ses tendresses ineffables qui rendront le fardeau de cette vie léger à porter, c’est-à-dire supportable.
Comme le dit Isaïe : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton… Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit… » Car notre Dieu est un Dieu bon et miséricordieux et « là où Il passe, Il fait le bien, et Il guérit ceux qui sont sous le pouvoir du diable ». Ac 10, 38 Alors saisissons la grâce qu’Il nous offre chaque jour, en nous considérant toujours sur le chemin de la conversion, et en nous décidant à le prier, non pas pour nous débarrasser d’un devoir, mais pour être avec Lui, comme son Fils bien-aimé, non pas juste une prière le matin, une prière le soir, mais vivre avec Lui et tout faire avec Lui, afin que le Père trouve en nous sa joie, et qu’il nous la communique. Amen