
Homélie du Père Emmanuel-Marie :
Ben Sira le Sage nous parle dans la 1ʳᵉ lecture du libre arbitre dont l’homme créé à l’image de Dieu dispose pour agir (ou non) conformément aux commandements de Seigneur. Grâce à la loi naturelle inscrite dans le cœur de tout homme, il sait au fond de lui que « tuer » est un crime, que tromper sa femme ou son mari est un péché grave, que de donner un faux témoignage pour nuire à une personne est un mensonge lourd de conséquences qui l’expose au jugement divin. Mais ce que nous apprend Jésus dans l’Évangile, c’est que le jugement divin s’exercera aussi pour les péchés qui nous semblent banals, comme de nous mettre en colère contre quelqu’un, comme d’avoir de mauvais désirs, de mauvaises pensées, de mauvais regards ; même les petits péchés qui correspondent à ces iotas soustraits à sa loi d’amour, le blesse. La moindre offense à l’amour blesse les cœurs purs. Et il n’y a pas de cœur plus pur que le Cœur de Dieu. En avoir conscience est important, non pas pour nous porter au découragement – ce serait méconnaître le Cœur de Dieu qui ne juge pas à la manière humaine, c’est-à-dire de manière implacable, sur l’extérieur, sur l’apparence, et Il connaît notre misère qu’Il est toujours prêt à absoudre – mais ce que Dieu ne pas supporter, c’est le déni, le refus de reconnaître notre misère, la duplicité, l’hypocrisie.
Jésus est la loi pleinement accomplie, et la Bonne Nouvelle, c’est que celui qui vit avec le Christ, qui s’efforce de s’unir à sa Volonté Sainte, dans tous les instants de sa journée – et pas seulement quand il va à la messe – accomplit la loi. Jésus emploie dans l’Évangile des images volontairement choquantes, comme le fait de s’arracher l’œil, ou de se couper la main, pour que nous comprenions que Sa loi d’amour se vit au prix d’une lutte, d’un combat qui suppose des sacrifices, mais des sacrifices accomplis non pas à la force du poignet – car là le découragement est assuré – mais à travers la recherche passionnée du Seigneur, la recherche de sa face et de sa grâce, dans la prière et la pénitence ; la pénitence n’est autre que le désir de lui plaire en toute chose. C’est l’amour de Dieu et du prochain. L’amour seul nous conduira dans le royaume. Aimer c’est faire la volonté de Dieu et mettre en pratique ses commandements. « Celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux » dit Jésus.
Autrement dit, la chose la plus importante que nous ayons à faire, est de nous déterminer pour le Christ et de compter sur sa grâce qui nous transforme ; ne jamais considérer le péché, aussi petit soit-il, comme banal ou comme une fatalité. Le péché, petit ou grand, doit disparaître, et il disparaît quand il est exposé à la lumière de Dieu, de son Amour, particulièrement au sacrement de son Pardon. Ne recherchons pas la sainteté ou une perfection par la conquête des vertus en nous regardant nous-mêmes, recherchons la sainteté que le Christ veut nous donner en le regardant Lui, en désirant l’aimer et lui ressembler de plus en plus. Si nous demandons à Jésus de nous montrer ce qui le blesse, ce qui doit changer en nous, il le fera avec douceur ; et si nous persévérons dans le désir de lui plaire, il nous donnera la grâce de rompre avec nos mauvais penchants, et il fortifiera en nous, tout ce qu’il y a mis de bon : la foi, l’espérance, et l’amour qui nous mènent au Royaume. Amen