
Homélie du Père Emmanuel-Marie :
Le Seigneur fait entrevoir à Pierre, Jacques et Jean comme une anticipation de la gloire qui adviendra à la fin des temps : Les trois apôtres ne sont pas emportés dans les hauteurs, mais c’est la nuée (c’est-à-dire le Saint-Esprit) qui descend et les couvre de son ombre, tandis qu’apparaissent Moïse et Elie, c’est-à-dire les saints les plus emblématiques de l’Ancienne Alliance, qui représentent la loi et les prophètes. C’est comme si un voile se levait sur une réalité déjà là, mais ordinairement cachée par notre condition humaine présente. La gloire, la vie éternelle, est déjà au milieu de nous en Jésus-Christ, et la foi en Lui nous fait adhérer à cette réalité encore invisible. Nous comprenons donc que ce récit ne fait pas de Pierre, Jacques et Jean des privilégiés, mais les témoins d’une réalité qui nous concerne nous aussi si nous voulons bien accorder foi à leur témoignage et reconnaître que Jésus est présent aussi au milieu de nous.
Qui d’entre nous n’a pas vécu des moments d’illumination intérieure, qui conduisent à voir autrement la réalité, qui donnent envie d’aimer Dieu et les autres, qui donnent une joie qui n’est pas de ce monde ? Vous savez, ces moments, où l’on prend conscience que Jésus est vivant, qu’il est Dieu tout puissant, et que le ciel n’est pas loin de nous, que Jésus, la Vierge et les saints, sont à nos côtés ! Est-ce que nous ne sommes pas au Thabor quand nous vivons la Messe avec le cœur ? Est-ce que le Ciel ne s’ouvre pas ? Est-ce que le Saint-Esprit ne nous couvre pas de son ombre quand la Sainte Présence de Jésus descend dans le pain et le vin qui deviennent son Corps, son Sang, son âme et sa divinité ? Et est-ce que ce n’est pas déjà sa gloire qui nous envahit quand nous entendons sa Parole vivante avec un cœur ouvert ?
La Sainte Messe c’est à la fois le Calvaire et le Thabor ! Jésus dans l’hostie y est transfigurée, et Il nous transfigure. Mais pour que nous puissions un jour partager sa gloire dans le royaume, l’Esprit doit opérer en nous une transformation qui nous fasse aimer Jésus jusqu’à la croix. C’est pourquoi St-Paul exhorte Timothée en lui disant : « avec la force de Dieu, prends ta part de souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Car Dieu nous a sauvés »… De même Abraham est notre père dans la foi, parce qu’il a accueilli la grâce, en quittant toutes ses sécurités pour faire ce que Dieu lui demandait. Il n’a pas cessé de poser des actes de foi et d’espérance au cœur des épreuves qui ne l’ont pas épargné.
A l’heure de l’épreuve, nous sommes appelés à rendre compte de notre foi, en refusant de céder à la peur. Peur de l’inconnu, peur de souffrir… La foi nous dit, de transfiguration en transfiguration, que nos vies sont dans les mains de Dieu et le seul souci que nous devons avoir est de ne pas abandonner notre âme à la noirceur du péché : orgueil, égoïsme, impudicité… les épreuves, quand nous les vivons avec Jésus, elles nous purifient, elles nous configurent à Lui ; ainsi, nous apportons notre pierre à l’édifice du salut du monde. Par notre « oui » à la Volonté divine, la parole que Dieu a adressée à Abraham, Il nous l’adresse aussi : « Par toi, seront bénies toutes les familles de la terre ». N’est-ce pas merveilleux !
La prière de l’Angélus que nous récitons matin, midi et soir à Valcluse, se termine ainsi : « Daigne Seigneur répandre ta grâce en nos âmes, afin qu’ayant connu par le message de l’ange l’Incarnation du Christ ton Fils, nous arrivions par sa Passion et par Sa Croix, à la gloire de sa Résurrection, par le même Jésus-Christ Notre Seigneur ». Vivons cela en comptant sur sa grâce, sur les secours de la Vierge Marie, et nous serons les plus heureux, aujourd’hui dans le parcours du combattant qui est le nôtre, et demain, dans ce royaume de paix qu’Il nous promet. Amen